Mise à jour : avril 2024
Photos : L. Couture

Tu as été surpris par un AVC ou tu connais quelqu’un qui veut retrouver la parole, tu ne sais pas quoi faire ? Ce jeu pourrait t’inspirer, c’est un exercice tout simple qui m’a accompagné durant quelques semaines.

Exploration photographique Papagei-1 • L. Couture • 2023.

L’ART DE LA PARLURE

Ce jeu n’a absolument rien de scientifique et encore moins de médical. Il est inspiré par une expérience personnelle qui pourrait donner espoir à des personnes qui ont vécu une expérience semblable à la mienne et qui se retrouvent désemparées.

Après un AVC (accident vasculaire cérébral) – qui implique parfois une perte de la parole – ce n’est pas facile de retrouver la capacité de parler. 

Tout cela, bien sûr, si un examen médical, neurologique ou orthophonique conclut que l’on devrait être capable « physiquement » de parler à nouveau. Car voilà, la parole transite par le cerveau et le corps, et, ce n’est pas simple !

Ainsi, il s’agit de remonter dans le temps et oser à nouveau apprendre à prononcer des lettres, des mots, des sons de toutes sortes, des phrases, un peu comme il l’a fait lorsqu’il était enfant.

Même si ce qui sort de ta bouche est un véritable charabia, il faut le moins possible laisser les personnes de ton entourage – si bien intentionnées soient-elles – parler à ta place. N’oublie pas : se taire, c’est se soustraire !

Il faut s’armer de patience, passser d’un mot à l’autre ! Il faut vouloir parler, il faut s’aimer beaucoup ; peut-être s’amuser ausi de son état, en restant créatif, tout au long de ce processus de guérison

* * *

Pour la famille et les amis… « Des nouvelles de Louis »

RECONNAÎTRE LES SIGNES D’UN AVC ?

Un article fascinant sur la guérison et la neuroplasticitéSource : FlintRehab

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OSER PRENDRE LA PAROLE

Ne plus confier ta parole à d’autres personnes est peut-être déjà un pas dans la bonne direction. Comme ce serait formidable ! Si tu franchis ce pas, on pourrait parier qu’il y a de bonnes chances pour qu’une forme de communication verbale puisse t’appartenir à nouveau.

Si tel est le cas, fais alors de gros efforts pour communiquer en essayant de parler à nouveau !

Cet article écrit en 2023 a précédé un plus récent intitulé REparler aprés un AVC.

LES ORIGINES DU LANGAGE...

Ne t’en fais pas trop, car n’oublie pas qu’au début de l’humanité, parler c’était râler et grogner une série de sons pourtant déjà porteurs de sens.

Et, par les temps qui courent, comme tu peux le constater, certains ont restauré le « râlement du début des temps » comme langage sociopolitique.

Aussi, avant que cette évolution anthropologique ne soit codifiée dans des habitudes et culturelles, et, dans des règles bien précises pour communiquer un message, dis-toi que cela a pris des siècles et des millénaires avant que nous parlions comme la belle noblesse cultivée de Versailles ou la bonne société de Buckingham Palace ou d’Oxford !

Toi, comme tu en as de la chance de refaire un chemin semblable, en t’appropriant à nouveau une parole : la tienne.

CONSEILS D'AMI...

Si tu es en institution (hôpital ou centre de réhabilitation), demande à ton orthophoniste, à ton neurologue ou au médecin traitant, s’ils peuvent t’aider à réserver, pour une brève période, une pièce plus privée, comme une salle familiale, afin que tu puisses parler à haute voix sans incommoder les autres patients.

Pour t’entendre parler, tu peux aussi enregistrer ta propre voix à l’aide de l’utilitaire « Dictaphone » si tu as un téléphone intelligent ou un ordi qui offre une telle possibilité.

Aussi, il ne faut pas trop en faire en même temps, pour ne pas t’épuiser. Il est préférable d’y aller au jour le jour.

Si, après avoir fait cet exercice, tu te sens très fatigué, accorde-toi un moment de silence, et, même au besoin, quelques minutes de sieste. Parler c’est un processus très complexe qui demande beaucoup d’énergie.

LES RÈGLES DU JEU...

Alors tu veux jouer au Vieux perroquet ? Pour ce faire, tu choisis un déclencheur à ta portée. Par exemple, tu t’installes ici ou là, devant une des fenêtres de la maison ou de l’appartement où tu habites. Et, tu observes simplement ce que tu vois.

Et, tu commences à tenter de nommer tout ce qui se présente à toi, et surtout à prononcer chaque mot, mais de préférence à voix haute.

Puis, tu observes tout, le moindre détail. Tu nommes seulement des mots, dénudés d’article et sans adjectif. Des mots du quotidien.

UNE ÉNUMÉRATION

Tu les nommes à haute voix ou tout bas si tu ne peux pas faire autrement.

Et tu essaies de parler, pas juste avec ton nez, mais aussi avec ton larynx, c’est-à-dire avec ta gorge ! Dégage-le, au besoin, racle-le légèrement ! Parfois, cette caisse de résonance est comme endormie. On peut arriver à la réveiller en croassant comme le font les corbeaux.

Si ça demeure impossible à faire, alors n’hésite pas à aller consulter pour obtenir une évaluation professionnelle de ton état.

De cette énumération, tu peux composer une sorte de longue chaîne de mots, idéalement audibles et intelligibles tendue vers un interlocuteur imaginaire.

Comme dans cette image…

EXEMPLE D’OBSERVATION / ÉNUMÉRATION

« De ma fenêtre ou à partir de cette photographie, je vois, je répète, et au besoin, je note, j’ajoute même des mots, des éléments ou objets, qui ne sont pas dans l’image »…

Jour, soleil, nuages, sentiers, neige, maison, fenêtre, rideau, pôle, vitre, séparateurs, cèdres, troncs, neige, poudrerie, sentiers, glace…

marches, patio, sorbier, oiseaux, feuilles, chêne, cueillir, cueille, cueillette, nature, culture, kolkwitzia, jardin, oméga, Poséidon, graminées, miscanthus, Bouddha, éveillé, lilas, branches, carquois…

DES MOTS DÉCLENCHEURS, PUIS DES PHRASES

Aussi, dès que tu t’enfarges avec un mot ou un son ; tu ralentis, tu restes avec lui. Ça vaut la peine d’essayer de le répéter souvent, jusqu’à ce qu’il devienne naturel, comme si tu l’avais prononcé depuis toujours !

Puis, tu notes ce mot problématique sur un papier. Car, il risque tôt ou tard de te causer des ennuies.

Tu bégayes ? Les syllabes se bousculent dans ta bouche ? Ce n’est pas grave, prends une bonne respiration, concentre-toi et recommence.

Comme le disait si bien Cicéron (de -106 à -43 av. J.-C.) : « la patience est la mère de toutes les vertus ».

À la fin de chaque séance, tu choisis trois ou quatre mots problématiques que tu as retenus et tu tentes de faire une courte phrase que tu répéteras à volonté jusqu’à la perfection.

Par exemple avec ces deux mots : cèdres, troncs… ça pourrait donner :

– Mon vieux cèdre a trois troncs.

– Un cèdre à trois troncs, c’est rare !

Pas facile à dire ? Alors, vas-y et répète cette phrase jusqu’à ce que des personnes de ton entourage t’entendent et idéalement comprennent le jeu !

Il s’agit de répèter comme on répète un texte pour une pièce de théâtre.  

Puis, si tu peux inventer d’autres phrases qui ressemblent à cette dernière, tant mieux pour toi !

– Le cèdre a quatre troncs.

– Demain, il donne les quatre clôtures à son voisin.

– Il accède au salon à tâtons.

* * *

À la longue, avec le jeu du Vieux perroquet, tu pourras peut-être arriver à reprogrammer ton grand Ami cérébral.

L’objectif est de retrouver une banque de mots que tu connaissais déjà, en les remettant au service de ta parole. À toi de jouer !

VARIANTES...

CONTINUITÉ

Le lendemain, tu choisis une autre fenêtre et ainsi de suite durant une bonne semaine ou jusqu’à ce que ça débloque.

Les fenêtres ne t’inspirent pas ? Pourquoi alors ne pas choisir une image de calendrier et faire le même exercice ! Cette image représente un grand orignal de notre beau Canada, penché au bord d’un lac avec son immense panache : vas-y et décris ce que tu vois !

* * *

CONSTITUER DES LISTES DE MOTS QUI CONTIENNENT CE SON

À partir de tes observations, choisir un son qui te pose problème, comme la voyelle nasale ON par exemple.

Et, commence une liste de mots : BALCON, CONVERSATION, EXPLORATION, LONG, MAISON, SAISON, SON

Complète avec d’autres mots !  Puis, crée de petites phrases que tu pourras répéter jusqu’à ce que ce le son ON soit facilement prononcé et prêt à être intégré dans une conversation.

 

Des déclencheurs importants…

Mon point de départ...

Quelques heures après mon AVC… une première rencontre avec l’orthophoniste Karo. Elle me dit…

– Pour la parole, il vous faudra recommencer à la base…

Par des BA, BE, Bi, BO, BU… des GA, GUE, GUE, GUI, GO, GÜ… des TA, TE, TI, TO, TU… et le reste ! Vous comprenez ? Il faudra recommencer à prononcer, faire des exercices orthophoniques…

Je lui ai alors fait comprendre que ça, cet exercice « orthofunniste », c’était comme du Paulo Freire (1921-1997) ! Le grand pédagogue brésilien de l’alphabétisation populaire. Qui, justement, m’avait toujours intéressé.

LU + NA = LUNA

Cette visite d’évaluation orthophonique a accéléré mon retour à la parole ! Une vraie mine « d’art » ! À ce moment-là, c’était plus facile pour moi d’y aller à partir de l’espagnol.

Ainsi, à partir de la technique Paulo Freire et de deux syllabes suivantes, LU + NA, j’ai pu rapidement composer le mot « LUNA ». 

Puis, la syllabe « LA », placée devant « LUNA » ça te donnait LA LUNA (la louna)… et je réussissais même à prononcer facilement ce mot au complet. Pas mal pour quelqu’un qui était muet, il y a encore quelques minutes… La connexion se faisait donc entre mon cerveau et, disons, mes outils de la parole.

Et de ce tremplin espagnol – une langue dans laquelle il n’y a ni lettres muettes, ni voyelles nasales (in, un, on, an), ni liaisons comme en français et en grec, je pourrais revenir vers le français, mais seulement peut-être après avoir trouver le moyen de remettre en marche ma mécanique de la parole.

L’espagnol, c’est une langue dans laquelle chaque syllabe se prononce et où les mots se construisent, comme un jeu de Lego.

De LA LUNA j’ai donc pu facilement sauter à « LA LUNE ». La fameuse lune : j’arrivais aussi à prononcer ce mot français approximativement. Mais, c’était pourtant tellement moins facile à articuler, parce que trop nasillard.

Puis, la grande Princesse Karo m’avais laissé sur ces précieux conseils…

– Écoutez monsieur, d’ici à ce qu’on se revoit, continuez à essayer de parler ! Surtout, il faut lire à haute voix.

– Dès aujourd’hui, essayez de compter de un à dix et plus ; il vous faut arriver à énumérer les jours de la semaine, les mois…

Je me suis alors dit qu’il me fallait commencer tout de suite, ne pas attendre. Désormais, c’était le « Aide-toi et le ciel t’aidera ! ».

* * *

Les aventures du Prince Cérébros…
Troisième épisode :
LE COULOIR-DORTOIR

ESSAYER DE PARLER À NOUVEAU…
ÉCRIRE • CRÉER • DEMEURER EN LIEN AVEC SON ENTOURAGE • DÉCOUVRIR • RASSURER • PARTAGER

Installation photographique Papagei-2 • L. Couture • 2023

Mes premières énumérations personnelles suggérées par l’orthophoniste Karo.

PAPAGEI 1, 2, 3 et 4 • L. Couture • Petits formats thématiques • Acrylique et techniques mixtes sur divers supports • 4 x 4 po • 2023

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