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« L’éveillé » au coeur d’un espace multicolore • Photos : Lejardinier et L. Couture

SURVOLPLUS QU’UN ÉCOMILIEU, LES JARDINS DIVERSIFORMES S’INSPIRENT DE L’HISTOIRE DE NOTRE MONDE.

ILS FONT UN CLIN D’OEIL ET À L’ORIENT ET À L’OCCIDENT.

Louis Couture – Tu tenais à ce que l’évolution de la nature, du vivant, de la pensée, des arts, des sciences ou de la culture ait sa place dans les Jardins diversiformes – en y incluant même l’Asie avec un Bouddha bien en vue.

Lejardinier – Il m’était difficile de passer sous silence trois millénaires de questionnements, de sagesses, de philosophies politiques et morales. La Chine et l’Inde ne sont-elles pas à l’Orient ce que la Grèce et Rome sont à l’Occident ?

Et l’Orient est, observes-tu, bien présente en Occident, n’est-ce pas ?

Bien avant les hippies et les Beatles, l’Orient a influencé beaucoup d’artistes, d’écrivains et de philosophes.

Déjà, à la fin du 19esiècle et au début du 20esiècle, l’Orient s’implantait en Occident, à Paris, Chicago, New York et Hollywood par le biais de lieux de diffusion, d’échanges d’idées entre l’Occident et l’Orient.

Au 21esiècle, certaines connaissances orientales ont même pénétré dans nombre d’écoles et d’entreprises par les biais de la méditation, des techniques de visualisation, de respiration ou de gymnastique.

L’Orient finira même par inspirer certains de nos réformateurs, de nos politiciens. Nous n’avons qu’à penser à Henry David Thoreau, Gandhi, Martin Luther King Jr., Pierre Rabbi, Serge Mongeau… des artisans de la simplicité volontaire, de la paix, de la non-violence et de la désobéissance civile.

Tu me faisais remarquer que l’Orient pénétra la contre-culture des baby-boomers à la fin des années 1960 et au début des années 1970, ici comme ailleurs.

En effet, les théories et les pratiques orientales se sont en quelque sorte démocratisées en multipliant les centres de méditation, de médecine alternative et d’arts martiaux, entre autres.

Durant cette période, lors de mon passage aux facs de philosophie d’Ottawa et des Sciences sociales à Montréal, je m’inscrirai à des cours de karaté. Et, au tout début de ma pratique auprès des jeunes et des familles à Gatineau, je suivrai des cours de jiu-jitsu.

Puis plus tard, retraité, lors de mes séjours à Paris, je perfectionnerai mon Yoga. Enfin, en rédigeant mes Pensées du terroir, je m’inspirerai en matière d’écriture du haïku japonais avec sa concision sur la forme et le fond. Oh oui ! J’oubliais que lors de mes études en Californie, j’irai jusqu’à porter le chemisier indien !

Concrètement, comment la pensée indienne, chinoise ou japonaise influence-t-elle l’articulteur que tu es devenu à ta retraite ?

D’abord, je tenais en tant qu’articulteur à ce que nos Jardins s’inscrivent non seulement dans un écomilieu, mais également dans le temps, dans l’évolution des pensées et des pratiques, et ce, des origines à nos jours. Je voulais que le « monde » – oui, j’ai bien dit, le monde – soit intégré à nos sentiers, plates-bandes ou jardins fleuris.

Toujours cette bonne vieille obsession de la nature-culture quoi !

J’aime cette sagesse orientale, cette idée d’osmose entre le minéral, le végétal, l’animal et l’humain où « tout est dans tout », très justement résumé par Léonard de Vinci à la Renaissance. Où tout est mouvement, tout se crée, se recrée ou se recycle au fil des saisons. Où l’ordinaire est extraordinaire. Où l’articulteur s’inscrit dans un art de vivre, intuitif et rationnel, dans ses rapports quotidiens avec la nature, corps et conscience.

Donc, pour toi, le pragmatisme oriental va bien au-delà des croyances religieuses ou laïques ?

Laissons parler Confucius (-551 / -479) : respecter dieux et diables, et s’en tenir éloigné. Et affirme-t-il : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse. Enfin, Ge Hong (283 -343) ne pouvait être plus explicite en matière de vie en affirmant : qui sait se satisfaire est éternellement riche. Enfin, notre ami Bouddha trouvait l’apport des divinités fort secondaires au chapitre de la conduite humaine.

Dis-moi, es-tu croyant ?

Je dois te confesser que je suis à l’exemple des sages à la fois hindouiste, bouddhiste, taoïste, confucianiste, chamaniste, socratiste et j’en passe. Bref, je suis là où la sagesse signifie encore quelque chose. Mais Louis, faut-il nécessairement porter une étiquette ?

Lors des visites des Jardins diversiformes, je dois reconnaître que Bouddha parle encore à notre temps, aux jeunes et moins jeunes, au point où certains iront jusqu’à s’asseoir à ses côtés pour imiter sa posture.

Plus que des imitateurs, nous sommes tous des bouddhas dans le sens sanscrit du terme, c’est-à-dire des éveillés. Nous sommes capables d’éveil à la vie qu’importe notre âge, notre genre ou notre condition sociale. Nous sommes perfectibles. Plasticités. Devenir.

Chacun, autant que nous soyons, est inscrit dans la banalité du quotidien, cherche à établir un juste équilibre, une juste mesure dirait les taoïstes quant à ses rapports avec lui-même, les autres et le monde des vivants. Habiter, vivre au rythme du présent, ici et maintenant ne concerne non seulement l’Orient, mais également l’Occident.

Le Paradis n’est pas dans l’ailleurs, ni le Ciel au-dessus de nos têtes : il nous habite en toute simplicité. Il m’arrive souvent, en passant devant notre Bouddha, de lui mettre la main sur la tête, en l’appelant mon vieux !

Et alors, que te répond Bouddha ?

Je crois entendre mon père qui ne cessait de me dire : concentre-toi sur ce que tu fais !

Souvenir de mon séjour d’étude en Californie : un anniversaire de jeunesse, en bonne compagnie

Sous le regard de Bouddha, un moment de méditation avec Denise, Yves et la grande Emma

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