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Intériorité-extériorité

SURVOL – Les Jardins diversiformes sont-ils d’abord intérieurs, extérieurs ou les deux à la fois ?

En tentant d’aborder ce questionnement, sous la forme d’un dialogue imaginaire, je me suis dit que cette réflexion pourrait inspirer vos prochaines visites des Jardins.

Photos : Lejardinier et L. Couture

Louis Couture – Depuis déjà un certain temps, tu nous fais remarquer que les Jardins diversiformes sont à la fois extérieurs, intérieurs et numériques.

Lejardinier– En effet Louis, ils sont à l’image des articulteurs des lieux. Ils sont tantôt plates-bandes, sentiers, tableaux, images, objets, expositions, tantôt (auto)biographies, dialogues, lectures, Facebook, blogue.

DES ARTISANS SAISONNIERS

Louis Couture – Et voilà ! Encore ce terme « articulteurs » ! Tu l’utilises de plus en plus pour décrire notre style de vie et ce que nous faisons, n’est-ce pas ?

Lejardinier– Oui, c’est bien ça… Les articulteurs, comme les peintres, créent et sont créés en produisant. Leurs productions les font grandir et les enracinent dans ce qu’ils font et dans ce qu’ils sont.

À juste titre, le philosophe Michel Foucault dirait qu’ils sont, à l’exemple de leur production, une nouvelle façon d’entrevoir le monde dans lequel ils évoluent. Ils expérimentent une nouvelle « bio-esthétique » en s’inscrivant dans un milieu et une pratique diversiformes.

Est-ce cette référence qui a inspiré ton fameux concept fétiche nature-culture ?

Entre autres, car les articulteurs en cours de pratique et d’observation s’inscrivent corps et âme dans leurs connaissances, expériences et implications. Ils forment, créent et, d’un même souffle, sont informés, créés. Ce sont des artisans.

Comme pour le peintre qui crée sur une toile déjà porteuse de tout un passé, le terreau des jardiniers n’est pas un espace vierge. Il est vie, ensemencement, changement, composition, recomposition, interaction. La toile de l’articulteur est saisonnière. Espace et temps. Nature et culture. Devenir.

Sans aucun doute, Foucault à ce chapitre, m’invite à penser « autrement » mon rapport au vivant. De penser le corps en rapport avec son écosystème. Je t’avouerai qu’une généalogie, une archéologie de nos rapports à la nature en cours d’histoire reste à faire.

DE L’ÉGOSYSTÈME À L’ÉCOSYSTÈME : LE BIO-ÉTHIQUE

Les articulteurs, maintiens-tu, logent à l’enseigne non pas d’un égosystème, mais d’un écosystème. Que veux-tu dire au juste par là ?

Voici : ils s’inscrivent à la fois dans une nature qui leur est à la fois proche et éloignée. Invitante et résistante. Les articulteurs doivent se déprendre d’eux-mêmes en cours d’interaction avec le milieu en s’inscrivant dans l’ouverture, dans le work-in-progress.

Ainsi, font-ils expérience d’une pratique et d’une pensée qui ne cessent de les nourrir, de les interroger et de les transformer en cours de création.

À un style de vie incorporée, bio-esthétique, les créateurs font donc également expérience d’un nouveau rapport au milieu, un rapport de (re)connaissance, une pratique durable bioéthique.

UNE CRÉATION EN DIALOGUE

Et cent fois sur le métier… les articulteurs d’ombre, de lumière, de formes, de couleurs et d’histoire ne cessent d’expérimenter en cours d’intervention, en avançant et en composant par et avec moult essais et erreurs.

Ils ne cessent de conjuguer avec l’inattendu, l’incertitude, l’imperfection. Ils font corps avec une production qui vient les surprendre, les émerveiller, en les éloignant de la répétition, de la convention ou de l’ennui.

Les articulteurs, comme tous les artisans, vivent selon Foucault dans « l’autrement » du dire et du faire. Et cet « autrement » s’inscrit dans une époque, un terreau matériel et immatériel en pleine effervescence, où le jardinier est jardiné, la culture (ré)interrogée, ajouterais-je.

En cours d’année, c’est cet « autrement » que nous aspirons à partager avec nos visiteurs dans nos Jardins intérieurs et extérieurs et sur les réseaux sociaux.

En cours de route, tu dis que nos pratiques ne cessent donc de se transformer, de nous transformer. Notre rapport aux connaissances, à l’histoire, à l’écologie, à la création, à l’écriture sera tour à tour interrogé et remis en question.

Et même le potentiel du numérique et de l’internet, ainsi que nos échanges sur Facebook et le blogue Diversiformes contribuent à nous alimenter, à nous socialiser, à nous interroger.

Le « connais-toi toi-même » de Socrate va bien au-delà d’une simple introspection chez l’artisan. Il s’inscrit dans un milieu de vie, dans les interactions qu’il crée avec le monde des vivants se logeant à l’enseigne du minéral, du végétal, de l’animal et de l’humain.

Nos interventions, nos imaginaires ne peuvent donc être séparés du monde qui nous entoure, des interactions que nous créons avec notre milieu de vie socioécologique, intérieur, extérieur et numérique.

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