En grande conversation estivale • Image à la une : Magali Ouellet

SURVOL– Après les visites des Jardins diversiformes, la vie reprend son cours : on prend une pause et on refait le plein d’énergie, on se met à jardiner pour une prochaine fois, mais aussi on tente de répondre à tous ces commentaires que les visiteurs ont semés autour de nous.

Lejardinier s’est amusé à faire de cette réalité un dialogue imaginaire.

Louis Couture  – Tu dis que les jardiniers, comme les peintres, idéalement disparaissent devant leur création, leur art ou leur articulture pour laisser place aux visiteurs dont ils sont les hôtes… Que veux-tu dire au juste?

Lejardinier  –  À partir de leur regard particulier, les visiteurs viennent (re)donner sens à l’œuvre des jardiniers, à leurs jardins intérieurs et extérieurs, à ce qu’ils voient, en cours de visite. Ils s’approprient les Jardins diversiformes.

Dans le regard de l’autre, nos jardins sont donc réinterprétés, reconstruits, remodelés, rejardinés. Comme leurs hôtes, nos visiteurs se font articulteurs, à leur insu.

En effet Louis, l’articulture échappe parfois au statut de l’artiste officiel, patenté, pour celui de l’artiste « intimiste ». Je pense que tous nos visiteurs, le temps d’une visite se font artistes, articulteurs de la vie de la nature.

Ils esthétisent ainsi leur vie et le monde qui les entoure. Ils se font, pour utiliser ton expression, nature-culture.

Tout comme pour nos tableaux, arrive le moment où la création de nos jardins nous échappe. Le visiteur enracine nos créations intérieures et extérieures dans leur développement, leur expérience écologique, leur propre monde.

Tu iras jusqu’à dire qui nous ne sommes plus les propriétaires des lieux. Tu y vas un peu fort !

Pas tant que ça ! Nous devenons en quelque sorte, l’espace de quelques heures, de quelques jours, des colocataires. Le temps d’une visite, nous copartageons les lieux. Le jardinage étant un art de la nature, il est l’œuvre de tout un chacun.

En cours de visite, nos visiteurs sont les interprètes, les gardiens des Jardins diversiformes et une source d’inspiration comme en témoigne cet article. La lumière, l’air, l’eau, le sol et la culture, nul n’en a un droit exclusif. On ne s’approprie pas la nature, on compose avec elle et on la partage.

Et pour toi, les visiteurs évoluent lors de leur séjour au cœur des Jardins, comme on évolue à l’intérieur d’un tableau, rien moins ! 

En parcourant ce grand format avec ses sentiers qui sillonnent nos plates-bandes, en faisant expérience de différentes perspectives suivant le lieu où ils déambulent, les visiteurs redonnent une nouvelle vie aux ombres, aux formes et aux couleurs.

Ils s’approprient, entrent en dialogue avec la vie des jardins, avec eux-mêmes. Ils esthétisent les jardins, les intériorisent par le biais de leurs observations, de leurs propres questionnements.

À sa façon, chacun tente alors de recréer son monde intérieur et extérieur avec ses impressions du moment, ses photos ou simplement en signant le livre des commentaires.

Jeunes et moins jeunes, maintiens-tu, contribuent chacun à leur façon à la vie des écosystèmes, à l’art des arts de la nature : l’articulture.

Oui ! Jeunes et moins jeunes font expérience de création ! Ils se réconcilient avec la vie de la vie qui les enveloppe, les fait vivre, les nourrit.

Le temps d’un instant, tous participent à une expérience esthétique ô combien naturelle avec le monde des vivants.

Et dans les Jardins diversiformes, en découvrant tes structures faites à partir des matériaux de la nature et les statues, les visiteurs sont conviés à refaire l’histoire de la création et des idéologies qui la sous-tendent, et ce, de l’Antiquité à nos jours.

Bref, ils se réapproprient le cheminement de leur vie créatrice, et ce, comme le suggère Jean D’Ormesson*, de l’émergence de la vie à nos jours.

Ce faisant, hôtes et visiteurs ne réenchantent-ils pas le monde, la vie de tous les vivants minéraux, végétaux, animaux et humains ?

Nous sommes à même de constater que non seulement les jardins ont une vie, mais également un passé, une historicité. Le temps d’un bref voyage exploratoire, hôtes et visiteurs sortent des clichés, des peurs, des complexes, des angoisses quotidiennes pour se laisser bercer par l’esthétique des lieux, pour entrer en symbiose avec une nature qui les surprend, leur échappe, les enveloppe, les dévoile.

La création est et demeure un acte de nature et de culture. Elle est chez les hôtes, comme chez les visiteurs, une vie dialogique avec soi, l’autre et l’écosystème.

* Prochainement, je vous présenterai Jean d’Ormesson dans l’article Nous sommes l’histoire de notre histoire.

K comme kolkwitzia • Photo : Louise Martel

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