Mise à jour : avril 2026
Photos : L. Couture

Sur les feuilles géantes des pétasites du Japon, plane l'ombre du jardinier invisible qui s'amuse à ajouter son grain de sel...

Les jardins ont-ils une histoire qui leur est propre ?

Vaste questionnement auquel cet article tente d'apporter une réponse.

D'année en année, en composant avec les Jardins diversiformes, nous avons certes beaucoup exploré et observé.

Puis, pour nous guider, nous avons également ressenti le besoin de fouiller l'histoire des jardins à travers les époques et les cultures. 

Une histoire fascinante qui remonte à l'antiquité.

Paroles de Louis !

À travers le temps, le concept du jardin a emprunté diverses orientations et a pris la couleur de tel pays ou de telle civilisation.

Aussi, la nature et les jardins ont inspiré nombre de textes sacrées, de légendes, de mythes et d’œuvres de fiction.

Pensons au Paradis terrestre, aux Jardins suspendus de Babylone, aux Jardins Akadémos de Socrate et Platon et à tant d’autres.

Personnellement, j’aime bien les jardins à l’italienne et à la française, hérités de la Renaissance, où tout est aligné, taillé, pour ne pas dire manucuré.

Mais pas au point d'adopter ce style d'horticulture qui demande une armée de bras et un temps fou pour dompter la nature.

JARDINS À LA FRANÇAISE
ET JARDINS ANGLAIS

Visiter le Château de Versailles est un incontournable pour comprendre le type de jardin hérité de la Renaissance et de l’aristocratie.

Puis, au 19e siècle, le jardin anglais ouvre une autre porte, en offrant un espace à l'allure champêtre, un cadre si propice au romantisme.

Pour les jardins de l'avenir, le choix est grand : à l’italienne, à la française, à l’anglaise et pourquoi pas à la québécoise ?

Tout en cherchant leur propre voie, les Jardins diversiformes s’inspirent du meilleur de ces styles.

Pourtant, l’idéal du jardin anglais demeure une approche très attirante encore de notre époque, même si elle comporte, elle aussi, son lot de défis.

À CHAQUE JARDIN,
SON STYLE

D’ailleurs, composer un jardin n’est pas qu’une affaire de structure ou de style, c’est aussi tenir compte de plusieurs facteurs propres à chaque écosystème.

Et la liste est assez longue : la zone de rusticité, l’exposition au soleil, le type de sol ; la morphologie du terrain, plat ou l’incliné ; la période de floraison de chaque plant, sa couleur, sa hauteur.

Il faut aussi tenir compte des types de feuillages, des besoin en eau, en drainage, etc.

Et, bien entendu, la question de fond : le jardinier peut consacrer combien de temps à son jardin ?

FLUIDITÉ
ET INVISIBILLITÉ

Les Jardins diversiformes sont donc au carrefour de grands courants horticoles.

Du jardin anglais, nous avons gardé l’idée que le jardinier-créateur disparaît dans son jardin ou si vous préférez, on a l’impression que ses interventions se fondent, se diluent, dans un décor naturel.

On ne trouvera pas dans ce type de jardin, des arbres taillés en formes géométriques ou encore un sol dénudé comme dans des plates-bandes à la André Le Nôtre (1613-1700), le grand concepteur des jardins français.

L'approche anglaise est plus près des tableaux bucoliques de Claude Lorrain (1600-1682), un des peintres qui aurait influencé les Lords anglais dans l’aménagement de la campagne qui entourait leur domaine.

Mais, pour accéder à ce naturel, à cette invisibilité, idéalement le jardinier se doit tout de même d'être très présent pour observer et suivre, pas à pas, l’évolution du jardin.

Dans notre approche diversiforme, pas de vestiges de grandes corvées éreintantes, mais plutôt un entretien presque quotidien qui autant que possible fait place au naturel.

Sarcler, planter, transplanter, arroser, émonder, créer, tout peut donc se faire par des gestes et des actions qui s’intègrent discrètement, au jour le jour, à l’ensemble pictural.

OBSERVER, CRÉER

Tout cela, me direz-vous, sent tout de même le travail. Pourtant comme antidote, il y a un truc qui amène le jardinier à vivre un autre type de rapport avec son bout de terre : cela consiste à faire rimer observation et création.

L’observation tient un rôle essentiel dans l’évolution harmonieuse d’un jardin.

Observer chaque plant, chaque plate-bande, prendre du recul, rêver, entrevoir le général et le particulier sous différents angles.

Voilà une posture qui permet, à la longue, d'acquérir une vue d’ensemble de ce que pourrait devenir ce jardin personnalisé que l'on s'amuse à sculpter de jour en jour, de saison en saison !

Bref, peu importe le style de jardin que l'on choisit,  il faudra toujours y ajouter cet ingrédient primordial qu'est le temps.

Le jardin anglais

LES JOIES DE L'ALTERNANCE

Un jardin anglais se compose surtout de vivaces qui fleurissent en alternance du début du printemps, jusqu’à la fin de l’automne. Les annuelles et les biannuelles y ont aussi un rôle à jouer, mais c’est souvent un rôle d’appoint.

Ce type de jardin a une allure champêtre, il suggère parfois même le champ fleuri, bref, tout y est naturel pour ne pas dire pittoresque.

Autre prouesse : peu importe le moment où vous le visiter, il s’y passe toujours quelque chose, car à chaque période de la belle saison, il y a une partie du jardin qui met en vedette tels types de fleurs, de graminées, d’arbustes ou d’arbres, comme cela se passe dans la nature.

Donc, ce n’est pas tout, tout de suite et tout le temps, mais plutôt un truc de magie à la fois.

Je trouve cela passionnant de réussir à développer ce style de plates-bandes, mais ça demande un assez grand espace, des connaissances en horticulture et de la patience. C’est vrai qu’il n’est guère facile de se mettre au rythme de la nature et de tenter d’imiter sa façon bien à elle de faire les choses !

Jardins et hiver

HIVERNER

Il y a aussi un autre réalité dont j’aimerais parler : les Jardins diversiformes sont situés dans un climat très nordique. En hiver, les alentours sont couverts d’une imposante couche de neige.

Les jardiniers que nous sommes profitent alors de cette période pour prendre un certain recul ; c’est également un moment idéal pour penser au jardin à venir.

Bref, chaque année, en Outaouais, nos jardins disparaissent littéralement sous la neige. Avec le retour du printemps, tout semble avoir été broyé et on distingue la structure géométrique des jardins qui avec leurs plates-bandes alignées sont au premier coup d’œil tout ce qu’il y a de plus « jardin à la française », mais seulement l’espace de quelques semaines.

Puis, jour après jour, nous sommes les premiers surpris de voir sortir de cette terre toute une nouvelle verdure qui se met à grandir et à fleurir.

De mois en mois • Au palmarès de la floraison des Jardins diversiformes

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Louis Couture

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