Le cycle de la vie : en grec ou en français, des mots différents pour parler d’une même réalité

SURVOL – Souvenir d’enfance… Dès le plus jeune âge, les questions entourant le cycle de la vie restent souvent sans réponse.

Dans les Jardins diversiformes tout naît, meurt et renaît au fil des saisons. C’est là un terreau fertile pour se réconcilier avec ce perpétuel questionnement.

En souvenir de toi Ariane (1996-2020)

En ces jours où nous nous interrogeons – non sans raison – sur l’aide médicale à mourir, je m’interroge de mon côté sur mes rapports à la mort au temps de mon enfance où je demeurais sur la ferme de mes parents et où j’entends un jour ma mère murmurer à mon père : « quelque chose de grave est arrivé dans le rang que les enfants ne doivent pas voir ».

L’INSÉPARABLE JARRE

À la demande de notre mère, ma sœur Eugénie et moi, nous avions souvent l’habitude, en pleines canicules d’été, d’aller acheter du coke et du pepsi au dépanneur qui ne se trouvait pas très loin de notre rang. Celle que nous appelions la Madame du dépanneur avait pris l’habitude de nous appeler ses inséparables.

Lorsque nous arrivions chez elle, elle venait vers nous, nous passait la main dans les cheveux, prenait nos bouteilles vides, et les remplaçait par des bouteilles pleines, en ne manquant pas de nous donner quelques bonbons qu’elle gardait dans une jarre sur son comptoir. Ses bonbons étaient pour nous une raison de plus d’aller chez la Madame du dépanneur ! Nous y tenions !

Les canicules passèrent et ma mère n’avait plus soif ; elle ne nous demandait plus d’aller au dépanneur avec nos bouteilles vides. Belle déception pour les deux inséparables !

Quelques mois plus tard, j’apprenais que la dame du dépanneur était décédée lors de son accouchement à domicile et qu’elle fut exposée dans son lit avec son enfant sur le ventre puisqu’il n’avait pas survécu, lui non plus.

Pour la première fois, vis-à-vis de la mort, je sortais de mon inconscience d’enfant. Certes, il m’arrivait de voir sur la ferme des animaux morts, écrasés ou tués, mais en quoi cela pouvait concerner la Madame du dépanneur ?

Eugénie se faisait rassurante. Mais, que pouvait-elle dire sur la mort ? Pas grand-chose. J’évitais d’en parler. Cette mort était un sujet tabou : on n’en parlait pas. Silence radio.

APRÈS LA MADAME, LA GRAND-MÈRE

Un deuxième évènement plus ou moins concomitant à celui-ci arriva. Un bon matin, mon père me demande, de venir voir mémère, sa mère, qui demeurait tout près de chez nous. Eugénie et moi, aimions beaucoup aller voir notre mémère et nos tantes. Car les bonbons ou les sucreries faisaient là aussi partie de nos visites !

Sans plus attendre, père et fils se mettent en marche vers la ferme de mes grands-parents. En arrivant chez mémère, je vois tante Nazareth plutôt songeuse assise à la table de la cuisine.

Quelque chose ne va pas, pensais-je. Elle qui d’habitude était assez expressive. D’une voix basse, elle a dit à mon père : « elle est dans sa chambre ». Dans la chambre, je vois mémère allongée sous un drap jusqu’aux épaules. Aucun sourire. Les yeux fermés. Silence. J’arrête, je ne dis plus rien.

Près du lit, mon père me dit d’approcher et d’embrasser mémère une dernière fois. J’hésite. Finalement, je pose les lèvres sur sa joue. C’était froid. J’ai alors réalisé que la mort, tout comme celle de certains de nos animaux de ferme, était immobilité, froidure, séparation, incompréhension.

UNE VIE PASSAGÈRE

Les départs de la femme du dépanneur et de ma grand-mère m’ont suivi jusqu’à Ottawa, à la fac de philo, alors qu’avec Socrate (469-399 av. J.-C.), on s’évertuait à nous démontrer que l’Homme est mortel.

Ce syllogisme, cette prétendue rationalité à toute épreuve, ne me convainquait pas. Il était froid comme la joue de mémère sur son lit de mort. Et quelque peu réducteur, puisque la vie ne se limite pas à la raison. Socrate ne vivait sans doute pas sur une ferme !

Depuis ce temps, je ne cesse de me dire que c’est non seulement l’Homme qui est mortel, mais bien la vie elle-même. Qu’elle soit minérale, végétale, animale ou humaine, tout est passage.

 La vie : une sorte de privilège passager qui s’inscrit dans nos histoires, nos écosystèmes et dans tout ce qui vit et respire sur cette planète. Tout comme dans nos Jardins, cette vie naît, meurt et renaît sans cesse. Naître, connaître, renaître.

Du cycle de la vie, à celui de l’eau...

Le cycle de l’eau  •  ο κύκλος του νερού

Angélique Ionatos • Paroles en grec : Dimitra Manda • Musique : Mikis Théodorakis

Chaque pluie est une musique • tout comme s’achève le cycle de l’eau • et ma solitude à l’intérieur de lui fleurit

Every shower is music • as the circle of water ends • and my loneliness within it blossoms

Κάθε βροχή και μία μουσική • έτσι όπως κλείνει ο κύκλος του νερού • κι η μοναξιά μου μέσα του ανθίζει

Dans les Jardins diversiformes, compostage sur place et alternance des saisons 

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Louis Couture

Les Créations Diversiformes

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