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Fragment du tableau Entre deux dogmes

SURVOL – Durant une quinzaine d’années, j’ai conçu et animé des ateliers de peinture.

En guise d’introduction, j’avais l’habitude d’offrir une démonstration et ce moment était comme un pont suspendu entre la théorie et la pratique.

Puis en 2017, le moment était tout indiqué pour passer à une autre étape du projet Les Créations Diversiformes et j’ai cessé d’offrir des ateliers.

Photos : L. Couture

REVISITER, RECRÉER, RENAÎTRE

Depuis plus d’un an, mon école Diversiformes a mis fin à ses activités traditionnelles. J’ai profité de cet « entre-deux » pour réfléchir, et tenter de préciser la suite des choses : je me suis mis à répertorier les projets de démonstrations laissées en friche au fil des dernières années.

C’est là une façon très élégante de vous dire que je suis passé d’un ménage à un méga ménage !

Cette année, je partagerai donc avec vous quelques tableaux et images sortis tout droit de mes fameuses démonstrations. Certains artistes qui ont participé à mes ateliers se reconnaitront probablement dans ces parcelles de démos au cours desquelles je peignais, en direct, en commentant devant eux, et surtout devant elles. Je t’enterai une sorte de synthèse créatrice sur na propre création.

UN PREMIER PAS, UN PREMIER TABLEAU

Aujourd’hui, je partage avec vous un petit format –10 po par 14 po – qui porte le titre Entre deux dogmes. Bon ! Je l’avoue : ce  tableau illustre à quel point, je suis entre deux eaux ! Mais pour moi, il a énormément de signification.

J’ai choisi pour lui un cadre très traditionnel avec Marie-Louise, et ainsi encadré, délimité dans le temps et dans l’espace, il fait tout simplement mon bonheur ! Cette image représente pour moi une sorte de rencontre entre le confort du croyant et l’incertitude de la création. « Par delà les dogmes » dirait le fameux Nietzsche de mon ami Lejardinier.

À lui tout seul, Entre deux dogmes illustre bien le dilemme dans lequel s’est toujours retrouvé ma peinture : à savoir la primauté du dessin – de la forme – sur la couleur et la matière.

Comme le disait si bien Lejardinier : « toi Louis, ton entrée en peinture, c’est d’abord le dessin ». Autrement dit : le plus souvent, lorsque je crée un tableau, même s’il y a une part de hasard, même si je compose à partir des taches et des formes, la composition et surtout sa conclusion passent par les formes.

La couleur, quant à elle, peut bel et bien être présente dans mon art, mais elle occupe plutôt un rôle secondaire. Durant une dizaine d’années, je me souviens d’avoir dû apprivoiser la couleur, avant de l’intégrer patiemment à ma création.

Et, il m’arrive encore aujourd’hui d’être pleinement satisfait d’une création qui est juste en noir et blanc. On ne rompt pas avec son élan premier, avec son entrée en création, comme ça du jour au lendemain, pour mieux s’adapter aux attentes et aux modes du moment.

À ce sujet, je vous invite à lire les suppléments en histoire de l’art que vous trouverez en cliquant sur les encadrés à la fin de cet article.

ÉMERGENCES DES SENS ET INTERPRÉTATIONS

Je pense que le tableau Entre deux dogmes a des affinités techniques avec le beau et talentueux Léonard de Vinci, dans la mesure où l’image est construite à partir d’un premier jet « spéculatif » noir sur blanc.

 

Par la suite, après un moment d’observation, je me suis amusé à « sculpter » et à préciser, à même les taches, la forme de chaque personnage et de chaque objet.

Une fois que tout est en place, que le dialogue entre les différents éléments du tableau a opéré et que l’ensemble me parle, la couleur est ajoutée en superposition, par la technique du glacis. D’où le rôle secondaire joué par la couleur dans cette approche.

Enfin, en cours de processus, la composition a émergé et un titre suit inévitablement dans ce beau brouhaha. Le tableau devient alors le construit d’une construction : le titre, les références, les concepts s’imbriquent les uns dans les autres pour former un tout.

BELLE PRINCESSE, MAIS QUI ÊTES-VOUS ?

À mes yeux, le personnage central féminin de cette toile me rappelle une princesse byzantine assez monumentale, et j’avoue que tout ça fait un peu vieillot.

La belle semble être surprise et figée entre deux choristes qui lui chantent quoi au juste : peut-être, leur grande vérité ? Elle, dans une certaine désinvolture, porte sa propre histoire, ses jardins intérieurs et extérieurs.

Y aurait-il là un clin d’oeil à faire à un des traits de ma personnalité et de ma création : à savoir que mon coeur a toujours balancé, entre l’obligation de la transmission et l’inévitable besoins de transformation ? Je n’en sais rien.

Voilà, j’en ai peut-être encore trop dit. Si ça vous chante ou si ça vous choque, je vous invite à partager ce que le tableau vous inspire. La boîte « commentaire » vous attend à la fin de cet article. Plusieurs têtes valent souvent mieux qu’une !

Et pour compléter le tout, un peu histoire de l’art avec…

Michel-Ange et Titien...

Si on transpose le questionnement entre la primauté du dessin ou de la couleur à l’époque de la Renaissance italienne, on pourrait dire que les fresques de la Chapelle Sixtine peintes par Michel-Ange (1475-1564), avec leurs lignes cernes – comme dans un cahier à colorier –  sont un exemple d’une oeuvre dans laquelle le « dessin-à-la-forme-parfaite » a la primauté par rapport à la couleur, ou si vous préférez, le dessin précède la couleur.

Pourtant, dans la sculpture de Michel-Ange le processus est inversé : la forme est inspirée par la matière elle-même, c’est-à-dire par le bloc de marbre – ou autre – qui est devant le sculpteur et qui lui inspire une composition. Le sculpteur sculpte et est sculpté à la fois. D’ailleurs, le célèbre Auguste Rodin (1840-1917) aurait eu cette même approche par rapport à la matière.

L’École de peinture de Venise a, de son côté, une autre tout autre posture. Ainsi, dans l’oeuvre du maître Titien (vers1488-1576), la peinture se fait le plus souvent sans esquisses préparatoires : le « dessin » est au bout du pinceau et se construit avec et par la couleur.

Chez lui, le dessin est un construit qui émerge directement de la matière, c’est-à-dire de ce médium huileux qui encapsule les pigments de couleur et avec lequel l’artiste peint.

D’où les possibles distorsions dans les formes et la perspective. Un reproche que Michel-Ange d’ailleurs fait à l’oeuvre du Titien et que certains font encore aujourd’hui vis-à-vis la façon de faire du grand Cézanne (1839-1906).

Léonard De Vinci...

Au-delà du regard : Léonard

Puis, entre ces deux pôles, comme une sorte de trait d’union, il y a eu un certain Léonard de Vinci (1452-1519) qui s’est amusé à mettre son grain de sel et à jouer le rôle du loup dans la bergerie.

Il a certes la capacité de pratiquer les deux entrées en peinture, les deux manières de faire, mais il préfère observer la joute au-dessus de tout dogmatisme.

Léonard aime improviser, construire avec la tache, mais en intégrant aussi des notions de perspective et d’idéal de la perfection, des notions si chères à la Renaissance : on ne quitte pas le conformisme sans regret !

Rapidement insatisfait de la rigidité théâtrale dans laquelle se fige la peinture de son époque, Léonard cherchera donc à voir plus loin, bien au-delà des modes et des dogmes de tout un chacun, en traçant sa propre voie, en suivant un processus personnel.

De Vinci tente alors le sfumato qu’il développe en superposant des couches et des couches de glacis sur sa célèbre Joconde. Il réfléchit aussi, sans trop l’élaborer, à un système de spéculation qui à l’époque provoque le scandale, mais qui viendra inspirer les surréalistes du 20e siècle.

Puis, il complètera avec le théorème de la perspective aérienne que la photographie confirme des siècles plus tard. Léonard ne se contente donc pas de regarder et de voir, il sait aussi entrevoir.

Henri Matisse...

Une autre approche incontournable : celle d’Henri Matisse (1869-1954)

« Tailler directement dans la couleur comme un sculpteur dans la Pierre, seul un Matisse de quatre-vingts ans qui a maîtrisé à la fois la sculpture et la peinture pouvait l’oser. Le procédé est tout neuf.

Il n’a jamais servi. Il surprend tout le monde. Les improvisations chromatiques nées des ciseaux de Matisse et de ses papiers gouachés atteignent d’emblée le but qu’il s’est toujours fixé : réussir la synthèse parfaite de la ligne et de la couleur ».*

Henri Matisse – Gouaches découpées. Textes de Gilles Néret. Taschen. 1994.

Entre deux dogmes. Louis Couture. Acrylique sur toile. 10 x 14 po. 2018.

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Louis Couture

Les Créations Diversiformes

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