Photo à la une : Fragment du tableau « La souris enchantée », par Louis-Georges

Cet article vous présente trois nouveaux tableaux signés Louis-Georges : ils ont été peints l’hiver dernier. Le partage de l’article « Création duo » a déclenché chez les auteurs de ce blogue tout un dialogue dont voici quelques extraits.

Nous profitons de l’occasion pour vous offrir nos meilleurs vœux pour l’année 2018 et vous souhaiter de passer de joyeuses fêtes !

Louis Couture : Est-il juste de dire que chacun des tableaux zappartages finit par prendre sens, significations ?

Lejardinier : Je ne t’apprends rien, Louis, en te disant que les sens, la sensibilité, la gestuelle donnent sens aux sens. L’artiste, le créateur d’images et de concepts, crée de/avec tout son corps. Sa création prolonge en quelque sorte l’état de sa nature, de son enracinement sociohistorique, et, de sa culture, de ses apprentissages et de ses conditionnements. L’action créatrice émerge directement de notre nature-culture.

Et à sensibilité singulière, sens particulier. 

Tout sens s’inscrit dans l’arrêt provisoire du gestuel sur les mots, les murs, les photos, les canevas, les jardins, les blogues et j’en passe. Depuis les balbutiements de notre espèce, nous n’avons cessé d’entrer en dialogue avec notre monde avec tout ce que nous sommes, corps matériels et immatériels, sens et créateurs de sens.

Et dirais-tu que notre façon de peindre en duo ne fait pas exception à la règle ?

En effet ! Il est porteur d’un type de sensibilité incarné dans notre création et notre réflexion. Notre pratique du zappartage est la poursuite d’une gestuelle créatrice s’inscrivant dans la matière, les mots, les couleurs, les formes et les ombres. Elle témoigne du type de rapport que nous entretenons avec nous-mêmes et notre environnement. Elle parle du minéral, du végétal, de l’animal et de l’humain, tout à la fois. C’est un art de vivre, pour employer tes mots Louis, en dialogue avec notre/la vie. Elle est partage; elle est société.

Sommes-nous libres, pleinement conscients du sens de la gestualité de nos corps, de nos créations ?

Ah ! La question qui tue ! Notre gestuelle a la liberté, la conscience du temps qui est nôtre, la programmation qui est nôtre, les choix qui nous conditionnent. Je suis de ceux qui pensent avec Freud que notre conscience est, pour le meilleur et pour le pire, une sorte de radeau en dérive sur une mer inconsciente.

Donc, tu ne crois pas en la liberté absolue, au libre arbitre ?

L’inconscience de la trace des premiers créateurs sur les murs des cavernes, l’inconscience des mots des prisonniers de la caverne de Socrate, l’inconscience de l’intelligence artificielle, tout ça nous colle à la peau. Le zappartage, le dialogue que nous établissons avec les autres et la matière, cette pratique picturale ou littéraire que nous entretenons, élevons au stade de création, est partiel, partial, toujours en quête de sens. La création a de l’avenir!

Donc, nous ne serions pas sortis de nos cavernes en matière de créativité ?

Nous créons et assistons un peu plus chaque jour à une sorte de victoire de notre conscience sur notre propre inconscience. Toujours emmurés dans ses cavernes, l’homo faber, comme le prétend Yuval Noah Harari, questionne de plus en plus l’homo sapiens.

Tu fais ici référence à notre entrée dans l’ère numérique, n’est-ce pas ?

Je ne te cacherai pas, Louis, que la question de nos libertés créatrices, de la conscience de nos champs intérieurs et extérieurs, de notre subjectivité et objectivité, est mise à dure épreuve.

Et la création et sa diffusion n’y échappent pas ?

De plus en plus, la séparation de l’organique et de l’inorganique s’amenuise. L’étanchéité est chose du passé. Être ce que nous faisons avec ce que nous sommes est de moins en moins certain. L’homo sapiens, le créateur de sons, de mots ou d’images est à (re)penser sa propre créativité, expérimentant un nouveau rapport à son corps, à sa gestuelle, à son environnement avec son entrée dans l’ère du numérique.

Et pourtant, ne sommes-nous pas toujours intrigués par l’action créatrice, par sa fraicheur, son surgissement ?

En effet, nous zappons, zappartageons, créons, plus que jamais. Nous sommes insatiablement des insatisfaits ! Nous sommes inlassablement en quête de nouveauté, d’émerveillement, d’événements, pour paraphraser Michel Foucault. Avec tous ces choix illimités, numérisés, qui s’offrent à nous, nous sommes devenus une espèce d’espèces d’étourdis. Apprenant de nos inévitables bourdes, nous ne cessons pourtant de rebondir, de créer.

Voilà tout un programme d’avenir !

Oui, les Louis-Georges se veulent, comme toute activité créatrice, une reconnaissance du monde des vivants. Nous ne cessons de jardiner, de créer nos vies. Nos zappartages se font champs/chants, mots, cultures, couleurs, dialogues. Rien de plus, rien de moins.

La souris enchantée, par Louis-Georges. 2017. Acrylique sur toile : 16 x 20 po • 40,64 x 50,80 cm